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Quand l'objectif dépasse les profits

Par Brenda Bouw | 26 janvier 2016

Dirk Van de Put, chef de la direction de McCain Foods, parle des attentes des parties prenantes et de l’orientation de l’entreprise d’aller au-delà de la simple réalisation de profits.

Depuis sa fondation il y a presque 60 ans dans la localité néo-brunswickoise de Florenceville, au Canada, McCain Foods est devenue l’un des plus grands fabricants de frites et autres produits de pomme de terre surgelés à l’échelle mondiale. Cette entreprise familiale emploie plus de 17 000 personnes dans 41 usines sur six continents et collabore avec 3 200 agriculteurs partout dans le monde pour produire 6,5 millions de tonnes de pommes de terre chaque année. McCain Foods travaille aussi avec un large éventail de parties prenantes à l’échelle mondiale, des agriculteurs aux fournisseurs, en passant par les collectivités et les consommateurs, en appliquant un modèle d’affaires durable. 

Gino Scapillati, vice-président de PwC Canada, s’est récemment entretenu avec Dirk Van de Put, chef de la direction de McCain Foods, pour parler des attentes des parties prenantes et de l’orientation de l’entreprise d’aller au-delà de la simple réalisation de profits.

Gino :  Dites-moi d’abord qui compose le groupe élargi des parties prenantes de McCain Foods à l’heure actuelle.

Dirk :  Comme toute société, nous avons plusieurs parties prenantes et leurs besoins sont en constante évolution. En tant qu’entreprise centrée surtout sur les produits de la pomme de terre, nous faisons affaire avec un grand nombre d’agriculteurs et, pour cette raison, nous avons un rôle important à jouer pour définir l’avenir de l’agriculture.

Le consommateur est une autre partie prenante cruciale qui achète et consomme nos produits au quotidien; par ailleurs, en tant que multinationale, nous jouons également un rôle au sein des collectivités où nous exerçons des activités.

La famille McCain demeure une partie prenante importante, en tant que propriétaire de l’entreprise et dépositaire de sa vision – existons-nous simplement pour générer des profits ou avons-nous un double objectif, financier et social?

Notre mission préconisant des aliments de qualité, une gestion de qualité et une agriculture de qualité est demeurée la même; cependant, la signification de ces notions aujourd’hui est bien différente de ce qu’elle était lorsque la société a été créée en 1957.

Gino : Pouvez-vous illustrer par des exemples la manière dont les attentes sont en train de changer?

Dirk : En tant qu’entreprise, nous avons comme but à la fois de faire bien et de faire le bien. « Faire bien », c’est produire de bons aliments et faire les bons gestes pour l’environnement, pour nos employés et pour les consommateurs. D’abord, nous avons tous à cœur l’environnement et c’est devenu un facteur clé de nos actions et de notre mode d’exploitation. Ensuite, nous produisons des aliments, et leur provenance et leur mode de production sont devenus des enjeux très importants pour les consommateurs. Le concept de développement durable s’applique non seulement à l’environnement, mais aussi aux méthodes de gestion. Cela nous amène à l’idée de « faire le bien » et à la manière dont nous pouvons structurer notre organisation pour que son action ne se limite pas à vendre des produits et à réaliser des profits. Pour nous, il s’agit de soutenir le développement d’entreprises à vocation sociale. Ce sont des organisations dont le premier objectif n’est pas de réaliser un bénéfice, mais de produire un effet positif dans la collectivité tout en atteignant le seuil de rentabilité ou en réalisant un modeste surplus. Voilà ce que nous observons comme changement.

Gino : Dites-nous en quoi les mutations de l’économie mondiale se reflètent dans vos activités.

Dirk : La mutation des pays développés vers les pays en développement est clairement perceptible dans nos activités. Nos affaires croissent lentement dans les pays développés et plus rapidement dans les marchés en développement comme ceux de la Chine, de l’Inde, du Brésil et du Mexique.

Le consommateur est différent dans les marchés émergents; nous devons avoir des produits adaptés. La chaîne d’approvisionnement aussi est différente; nous devons donc également adapter notre chaîne d’approvisionnement. Souvent, l’ensemble des besoins du personnel ou de la société diffère, et une adaptation est aussi nécessaire. Ce qui a fonctionné en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord ne pourra pas nécessairement s’appliquer de la même façon dans les pays en développement. C’est un changement important que nous avons remarqué. Par ailleurs, l’alimentation est examinée de plus près de nos jours. De plus en plus, les gens veulent savoir comment les produits alimentaires sont fabriqués et quels ingrédients entrent dans leur composition. Comme entreprise, nous devons faire preuve de beaucoup plus de transparence dans l’ensemble du processus.

Gino : Comment décririez-vous l’objectif principal de McCain aujourd’hui?  Peut-être pouvez-vous donner l’exemple de ce que vous faites dans certaines collectivités en Afrique du Sud?

Dirk : Les fondateurs de McCain s’étaient fixé comme but de fabriquer de bons aliments, de les vendre et d’en tirer un bénéfice. C’était l’objectif de l’entreprise. À notre époque, les employés et les clients comprennent que c’est une nécessité pour l’entreprise, mais cette nécessité doit être le fondement de quelque chose de plus large.

Notre objectif tient en une phrase : McCain Foods est une entreprise familiale qui chaque jour fait des heureux partout dans le monde avec des aliments de qualité, une gestion de qualité et une agriculture de qualité. Nous agissons comme une entreprise familiale tant à l’interne qu’à l’externe. Nous tentons de le faire de la manière la plus éthique qui soit, en respectant le plus possible l’environnement et la société en général. Par exemple, nous soutenons une variété d’entreprises sociales. En Afrique du Sud, nous travaillons à éduquer les petits agriculteurs sur la gestion d’une exploitation agricole rentable. À leur tour, ils deviennent en mesure d’offrir des emplois dans leurs collectivités. Il y a des communautés en Afrique du Sud où 90 % des villageois travaillent dans une des fermes qui produisent des pommes de terre pour McCain. Je crois que nous avons créé un modèle autonome, qui aide les collectivités locales et soutient les activités de McCain. Nous sommes globalement très satisfaits de ce modèle qui pourrait fort bien s’étendre ailleurs dans le monde.

Gino :  Il est important que l’objectif de l’entreprise soit aligné avec les différents éléments d’une organisation. Pouvez-vous nous donner un exemple de la façon dont cela se traduit dans vos activités?

Dirk : Nous fournissons les produits directement aux détaillants, mais nous œuvrons aussi dans le domaine des services alimentaires, ce qui place un intermédiaire de plus entre nous et le consommateur. Une des choses essentielles que nous faisons en tant qu’acheteur est de vérifier que l’objectif du fournisseur est en harmonie avec le nôtre. Le meilleur exemple à cet égard est notre lien avec McDonald, une entreprise qui a adopté une stratégie visant beaucoup plus de transparence en ce qui a trait au contenu des produits qu’elle vend, y compris en ce qui a trait à la méthode de fabrication de ses frites. Quelles pommes de terre sont utilisées? Peut-on réduire les pesticides? Avons-nous un haut rendement au champ? Ce sont quelques exemples. À mesure que McDonald définit les valeurs qu’elle souhaite représenter, comme un faible impact sur l’environnement et la transparence dans la composition des produits alimentaires, cela nous ramène à notre objectif. Nous devons nous assurer que nos fournisseurs, à savoir les agriculteurs, travaillent aussi dans le même sens.

Gino : Certaines personnes estiment que répondre à des attentes plus larges sur le plan sociétal se fait au détriment des résultats financiers. Quelle est votre opinion là-dessus?

Dirk : Je crois que c’est un discours simpliste. Il me semble que l’on peut également se dire que beaucoup des initiatives que nous prenons sont bénéfiques pour l’entreprise; il y a des avantages de tous les côtés. Par exemple, sur le plan environnemental, tout le monde sait que si l’on tend à réduire sa consommation d’énergie, les coûts d’énergie vont diminuant. Si vous cherchez des variétés de pommes de terre donnant un meilleur rendement, le coût des pommes de terre baissera. Il faut trouver l’équilibre entre les situations où l’entreprise est gagnante parce qu’elle peut continuer à progresser et les situations où nos gens se sentent à leur tour gagnants parce qu’ils progressent aussi. Des résultats de ce genre sont atteignables, mais ils demandent un peu plus de travail.


Cette entrevue a été révisée et résumée.

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