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Pour la philanthropie…

Par Christopher Korchin | 26 mars 2015
Pour la philanthropie…
Bruce MacDonald

Trente ans de métier au sein d’associations telles que les Grands frères et Grandes sœurs du Canada et de participation aux activités du YMCA et des clubs Kin donnent à Bruce MacDonald une bonne idée de ce qu’est le travail caritatif, dans lequel il baigne depuis sa plus tendre enfance. « Mes parents faisaient déjà du bénévolat et j’ai toujours connu cela », dit-il.

Aujourd’hui, président et directeur général d’Imagine Canada, un OSBL qui représente les intérêts des organismes de bienfaisance du pays, M. MacDonald dispose d’une tribune idéale pour parler des avantages moraux et psychologiques qu’il y a à rendre à la société un peu de ce qu’elle nous a donné. Mais depuis qu’il a pris les rênes en juillet 2014, il s’est surtout attaché à clarifier les avantages pour la société du monde associatif, qui représente plus de 105 milliards $ d’activité économique par an – plus que les secteurs automobiles et manufacturiers réunis. 

Imagine Canada est « la voix des 86 000 organismes de bienfaisance du pays, dit M. MacDonald. Nous parlons avec eux et en leur nom avec les pouvoirs publics d’enjeux de politique publique. Et nous traitons de questions qui visent à changer les perceptions dans les médias. »

Dans un secteur qui va des petites associations rurales tributaires des bénévoles aux grands organismes dotés d’un effectif nombreux qui mènent des campagnes de financement élaborées, une des préoccupations cruciales des donateurs est de savoir si leurs dons sont bien administrés. Selon une étude de 2013 à l’initiative de la Muttart Foundation d’Edmonton, près de 75 pour cent des répondants estimaient que les organismes dépensaient trop pour leurs campagnes de financement et leur administration. 

C’est précisément ce genre de perception que M. MacDonald et son équipe essaient de corriger, et la principale stratégie d’Imagine Canada est d’encourager les Canadiens à se focaliser sur le résultat du travail des organismes plutôt que sur leurs coûts et d’augmenter le professionnalisme du secteur dans son ensemble. Son récent Programme de normes, une procédure rigoureuse d’accréditation pour certifier qu’un organisme respecte les critères d’Imagine Canada en matière de gouvernance, de transparence et de responsabilité, est conçu pour donner confiance aux donateurs potentiels. 

« À long terme, nous voyons dans le Programme de normes une sorte de label de qualité d’Imagine Canada que les donateurs rechercheront, dit-il. Ils sauront que si un organisme a passé le test, il été soumis à un processus rigoureux pour garantir son fonctionnement selon les normes les plus strictes. »

Le portail DonAction d’Imagine Canada est un autre outil de transparence que cite M. MacDonald. « Les Canadiens peuvent y trouver non seulement les informations financières que les organismes communiquent chaque année au gouvernement fédéral, mais aussi leurs rapports annuels, des recherches et des études d’évaluation ainsi que des témoignages sur ce qu’apportent les organismes », explique-t-il. Le Guide sur les dons de bienfaisance téléchargeable peut être précieux pour déterminer quel organisme soutenir, ajoute M. MacDonald.

Mais si redonner confiance aux OSBL est faisable, inverser la tendance à la régression des dons pourrait être plus difficile. La version la plus récente du Generosity Index annuel publié par le Fraser Institute de Vancouver révèle que le pourcentage de Canadiens qui ont fait un don mentionné dans leur déclaration de revenus a chuté de 25,1 pour cent en 2005 à 22,3 pour cent en 2012, et les Canadiens ont donné 0,81 pour cent de leur revenu total à des organismes enregistrés en 2006 comparativement à 0,61 pour cent en 2012, soit une baisse importante que n’explique pas la seule récession. Cette baisse influe sur ce que M. MacDonald appelle un élargissement du fossé financier. La demande de services des organismes de bienfaisance augmente peut-être, mais le financement stagne ou risque de s’éroder.

Cependant, là aussi, Imagine Canada adopte des mesures pratiques. La nomination en 2013 de Brian Emmett dans les nouvelles fonctions d’économiste en chef pour le secteur des OSBL était une tentative de plus de peaufiner l’image professionnelle des organismes du Canada et de souligner la justesse de leur place dans l’économie du pays. 

M. Emmett, ancien fonctionnaire qui a connu une brillante carrière au fédéral, estime qu’il est essentiel que le secteur des OSBL « parle le langage de l’économie. L’idée que vous êtes fondamentalement des gens de bonne volonté, essentiellement des bénévoles, multipliant les bonnes actions de leur propre initiative, n’est probablement pas le meilleur éclairage sous lequel placer ce secteur. » Cette approche plus familière « vous mettra en position défavorable lorsque vous parlerez de questions individuelles telles que l’insuffisance du financement ou le niveau des coûts et des frais généraux », poursuit M. Emmett. Son rôle est de faire reconnaître le secteur des OSBL comme un agent économique qui apporte une contribution en s’astreignant à de pratiques d’affaires solides.

Néanmoins, alors que les dons du public faiblissent, que les subventions publiques (environ 50 pour cent du total des rentrées d’argent des OSBL) ont peu de chance d’augmenter dans une économie incertaine et que les apports des entreprises stagnent à moins de 1 pour cent des revenus totaux des OSBL, Imagine Canada s’est concentré sur des projets individuels plus petits – plutôt que de cibler une grande initiative – pour maintenir les rentrées de fonds. La campagne du crédit d’impôt allongé pour les dons de charité qu’Imagine Canada lance actuellement auprès des députés est une de ces initiatives.

Stephen Faul, vice-président, communications stratégiques et développement des affaires d’Imagine Canada, cite l’outil Connexion Subvention de l’organisme – une base de données en ligne  dotée d’une matrice de recherche intelligente indiquant diverses entités qui pourraient vouloir financer un OSBL – comme une ressource qui donne aux organismes de bienfaisance un coup de pouce digne du XXIe siècle. Et il mentionne les « importantes avancées de la politique publique » à l’initiative de l’équipe d’Imagine Canada, notamment les efforts des OSBL pour que leurs campagnes de financement ne tombent pas sous le coup de la Loi canadienne antipourriels et les réductions additionnelles des frais d’interchange des cartes de crédit. M. MacDonald fait remarquer que le nouveau Super crédit pour premier don de bienfaisance de l’Agence du Revenu du Canada, qu’Imagine Canada a aidé à faire adopter, avait attiré « 95 000 nouveaux donateurs » en juillet 2014.

Le principal objectif est de faire en sorte que la culture de philanthropie évolue avec son temps. Des innovations telles que « Mardi je donne », le Ice Bucket Challenge de la SLA et le financement collectif révèlent que la générosité de tous demeure bien vivante, mais la recette sera de faire des dons une habitude plutôt qu’un geste sporadique. Pour sa part, M. MacDonald entrevoit un potentiel de résurgence de la pratique des dons au sein de la nouvelle génération. « Faire le bien de la société, c’est pratiquement inscrit dans leur ADN, dit-il. C’est incroyable de voir à quel point les jeunes d’aujourd’hui ont une conscience sociale – simplement, elle ne se manifeste pas nécessairement comme jadis. Je trouve qu’il y a de plus en plus de gens qui disent : “J’aimerais faire quelque chose qui profitera à toute la collectivité, et éventuellement en gagnant ma vie en le faisant”. Je crois donc que la volonté de faire le bien est aussi présente que jamais et même plus forte que dans les générations passées, mais la manière dont elle se concrétise peut être très différente du paradigme traditionnel du modèle de l’organisme de bienfaisance. »

Et M.  MacDonald voit d’autres motifs d’optimisme, notamment dans un récent sondage d’Imagine Canada sur les facteurs que les gens prennent en compte dans leurs décisions de faire des dons pendant la période des fêtes : « Environ un tiers des personnes interrogées ont dit qu’elles voulaient donner le bon exemple à leurs enfants pour leur faire comprendre l’importance des dons à l’ensemble de la société. » Et cela le ramène à sa propre enfance. « Je pensais que c’était merveilleux que les gens cherchaient intentionnellement à faire découvrir à leurs enfants la générosité envers autrui, dit-il. J’ai trouvé que de voir les Canadiens considérer la prochaine génération et voir comment celle-ci allait pouvoir s’engager est une grande source d’espoir. » 

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