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Cineplex se fait son cinéma

Par Sarah Barmak | 28 septembre 2016
Cineplex se fait son cinéma

Certes, en matière de cinéma, le petit écran – Netflix, HBO et Apple TV en tête – a le vent dans les voiles, mais ce n’est pas demain la veille que le grand écran disparaîtra pour autant. 

La nouvelle n’a pas de quoi surprendre le PDG de la chaîne de salles de cinéma Cineplex Inc., Ellis Jacob, qui s’emploie de longue date à faire taire les prophètes de malheur. « Si j’avais écouté mes amis il y a 29 ans, lorsque j’ai monté mon affaire, dit-il, je ne serais pas là aujourd’hui. Ils affirmaient que mes projets étaient fous et qu’en deux ans j’allais être racheté. 

Au lieu de cela, des succès de salle comme Star Wars : Le Réveil de la force ont propulsé en avant la chaîne cotée en bourse, lui rapportant en 2015 son meilleur chiffre d’affaires à vie, à hauteur de 1,37 milliard de dollars, soit un bond de 11 pour cent par rapport à 2014, cependant que l’assistance atteignait un record de tous les temps à 77 millions d’entrées, en hausse de 4,6 pour cent. Pas moins d’un million de spectateurs ont rallié le programme de fidélisation SCÈNE que Cineplex exploite avec la Banque Scotia.

Mais le cinéma n’est qu’une corde à l’arc de l’empire Cineplex. La société torontoise est en fait l’un des plus grands conglomérats de divertissement au pays, avec ses 1 666 écrans répartis dans 163 cinémas exploités sous plusieurs bannières. Sous la direction d’Ellis Jacob,  Cineplex a aussi élargi ses horizons pour englober les jeux vidéo, les spectacles en direct, les services de restauration et les médias numériques, par la voie d’une série d’acquisitions et de nouvelles entreprises.

Voyant plutôt des perspectives de croissance là où d’autres médias traditionnels n’avaient vu que des menaces, Cineplex a noué, ces cinq dernières années, des alliances avec d’autres producteurs de contenus et partenaires technologiques qui lui ont permis d’accueillir le changement à bras ouverts, qu’il s’agisse de réalité virtuelle ou de visualisation de films sur tablette. Accédant à la direction générale de la chaîne en 2003, M. Jacob l’a fait progresser encore en encourageant chez son personnel la créativité ainsi qu’un esprit d’ouverture sur l’avenir – leadership qui lui a valu, de la part de la revue Canadian Business, le titre de PDG le plus innovateur du Canada en 2013.

Toujours un peu inquiets quant à l’avenir, dit-il, nous cherchons constamment à prévoir l’inévitable et à l’anticiper. Et vu tous les bouleversements qui animent notre milieu comme bien d’autres,  si nous n’arrivons pas à rester actuels et pertinents, c’est notre viabilité qui est en jeu à terme. 

Cette façon d’envisager les choses n’a rien de bien nouveau pour M. Jacob. Son instinct pour les grandes transformations était déjà évident en 1999, au moment de la création de la chaîne de cinémas Galaxy Divertissement, puis en 2003 lors de sa fusion ultérieure  avec Cineplex Odeon Corporation pour former une société ouverte qui sera confiée à sa direction. C’est ensuite en 2005 que Cineplex-Galaxy a racheté Famous Players, marché qui lui a permis de consolider ses bases et de s’arroger la part du lion du marché des salles de cinéma au Canada.

Alors que le public n’a jamais eu autant de liberté pour choisir à sa guise ce qu’il regardera et quand il le fera, Cineplex lui donne des raisons de plus de se rendre en salle. L’expérience y est fondamentalement différente de celle où l’on reste chez soi pour regarder un film sur un écran de télé de 254 centimètres – ce que la majorité des gens n’ont pas de toute façon – comparativement à un écran de 20 mètres doté d’une sonorisation Dolby Atmos, qu’il est impossible de reproduire à la maison, dit M. Jacob. Pour l’analogie, c’est un peu comme si vous vous empêchiez d’aller au resto parce que vous avez de quoi manger dans le frigo. 

Les cinémas ont fait beaucoup de chemin depuis que le numérique a remplacé la pellicule. Grâce à Cineplex, le public peut désormais choisir parmi un éventail étourdissant d’options de visionnement. À preuve : près de la moitié du chiffre d’affaires de la société vient des recettes tirées de la vente de billets de projections dites « premiums », fait observer M. Jacob, en l’occurrence des films en formule 3D, D-BOX, UltraAVX, VIP, IMAX ou encore 4DX, la toute nouvelle technologie de cinéma immersif. Dans le cadre d’un partenariat avec le premier producteur 4DX, la sud-coréenne CJ 4DPLEX Co., Ltd., cette nouvelle expérience cinématographique connaîtra sa première cet été dans les salles Yonge-Dundas et VIP de Cineplex, à Toronto. Et pour rendre l’expérience cinématographique encore plus vraisemblable, la technologie 4DX s’accompagne de mouvements des sièges et d’une immersion sensorielle par éclairs, brouillards, bulles et odeurs interposés.

La valeur d’Ellis Jacob tient au fait qu’il a su voir, dans les grandes mutations du milieu du cinéma, un appel à l’innovation et à la diversification. Compte tenu du visionnement croissant de films à la maison, Cineplex est la seule chaîne de cinémas à proposer des  superbillets  qui permettent aux cinéphiles de voir un film en salle puis de l’acheter en ligne et de le télécharger pour visionnement ultérieur sur l’un ou l’autre de leurs divers appareils. « Nous voulons que, lorsque vous pensez cinéma, vous pensiez Cineplex, dit-il.

Dans les faits, les films, le divertissement et les contenus – qui ont jusque-là formé le cœur des activités, ne constituent plus à présent que l’un des trois grands axes d’activité de l’entreprise – les deux autres, à savoir les médias et divertissements, et les jeux vidéo et activités de loisir, connaissent un formidable essor. Ainsi, dans le domaine des médias, on ne se rend pas toujours compte que, quand on entre chez McDonald, dans un Tim Hortons ou à la Banque Royale, les projections numériques sont en fait produites par la division des médias numériques de Cineplex, l’un des plus grands producteurs de ces affichages au Canada.

Quant à elle, la division des jeux vidéo et activités de loisirs –  qui intègre les jeux vidéo de type compétitif et les sports électroniques tournant sur e-sports – est appelée à devenir un pilier central de la société. Le Rec Room, premier d’une série de super-complexes de restauration décontractée et de divertissement interactif à voir le jour, a été lancé à Edmonton cet été, tandis qu’un autre viendra s’y ajouter près du Centre Rogers de Toronto. Ces centres de divertissement donneront la possibilité à quelque 7,3 millions de membres de SCÈNE d’accumuler des points en s’y restaurant, en y jouant à des jeux ou y en écoutant de la musique en direct. « Au fond, cela revient à tirer la plus grande valeur possible de nos compétences et infrastructures en y ajoutant les avantages de notre programme de fidélisation et de nos installations médias », dit M. Jacob.

En acquérant les actifs de la britannique WorldGaming en 2015, Cineplex s’est lancée dans le domaine des jeux sportifs électroniques, plus répandus en Asie qu’en Amérique. En mars, les deux sociétés ont tenu au cinéma Scotia de Toronto leur premier championnat canadien du jeu vidéo Call of Duty: Black Ops 3. « Pour les spectateurs d’un certain âge, dit M. Jacob, c’est une expérience inédite. Le fait de voir se jouer un jeu vidéo sur un écran de 20 mètres est pour le moins étonnant. Quant aux sommes qui y sont jouées et gagnées un peu partout dans le monde, on a peine à y croire. 

Pour que la quête d’innovation ne se limite pas qu’aux hautes sphères de l’entreprise, Cineplex a cherché à intégrer cette volonté d’innover et d’expérimenter dans la culture même de l’entreprise, en laissant bien savoir à ses employés que la prochaine « grande idée » pourrait venir de l’un d’entre eux… ou de n’importe qui d’autre. Je préfère qu’on fasse un choix, quitte à ce qu’il soit le mauvais, plutôt que de trop attendre pour passer à l’acte, explique Ellis Jacob. Ce qui compte, c’est d’inciter les gens à essayer quelque chose de nouveau, même si notre taille est déjà appréciable. C’est dans cet esprit que nous avons lancé "Transformation Cineplex", un programme visant à recueillir des idées nouvelles de toutes les parties prenantes – jusqu’aux spectateurs qui s’assoient aux premiers rangs des salles. Des idées comme celles des auditoriums UltraAVX et des petits salons de visionnement nous sont venues de ce programme.

En ce qui concerne l’avenir, M. Jacob continue de croire en la capacité durable du cinéma d’inciter le public à rechercher des formes de divertissement collectif. Et les nouvelles expériences que proposera Cineplex d’ici cinq ans auront de quoi épater la galerie, promet-il. « On aura des films à fréquences d’images plus rapides, dit-il,  des films en 4K (à ultra-haute résolution) et puis des films à immersion ambiante en 4DX. On aura aussi des écrans à 270o du type de ceux que nous venons de voir à l’œuvre à Las Vegas, qui étaient absolument époustouflants. 

Le public de Cineplex évoluera aussi de son côté. Selon M. Jacob, l’assistance à des films en langues étrangères – comme en hindi, en filipino ou en mandarin –  augmente actuellement à raison de 15 à 20 pour cent par an, voire plus.

À terme, c’est ce goût de la nouveauté qui continuera d’attirer les foules au cinéma, conclut sans ambages Ellis Jacob. Où, ailleurs que dans un cinéma, peut-on voir de nos jours une création de 100 à 200 millions de dollars pour le tarif d’une place de stationnement? »

 

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