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L’énergie de demain

Par Marjo Johne | 16 octobre 2016

Poussée par les économies émergentes et une hausse de la démographie, la demande mondiale en énergie continue de croître rapidement. D’ici 2040, le monde aura besoin d’environ 30 % d’énergie de plus qu’en 2013, la consommation d’électricité et de carburant pour les transports bondissant d’environ 70 % et 50 %, respectivement, selon l’Agence internationale de l’énergie et la U.S. Energy Information Administration.

Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire, explique le géologue et vétéran du secteur de l’énergie Scott Tinker, chef de la direction de Tinker Energy Associates LLC à Austin, Texas. Tandis que les pays émergents accroissent leur consommation d’énergie pour soutenir leur croissance démographique et économique, un grand nombre de nations développées d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie vivent un déclin de leur consommation. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance, notamment un meilleur accès à des énergies à émissions de carbone faibles ou nulles ainsi que les engagements pris à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de l’an dernier. 

Une chose est sûre : malgré la soif d’énergie des pays en développement, un virage vers les énergies renouvelables est en cours. Mais à quelle vitesse et dans quelle mesure ce changement surviendra-t-il?

Une question de temps

Les transitions énergétiques prennent du temps, indique M. Tinker, qui est aussi directeur général du Bureau of Economic Geology à la Jackson School of Geosciences de l’Université du Texas à Austin. Il y a des raisons à cela. Pipelines, câbles, camions ou trains, toutes ces infrastructures ont de longues durées de vie. Les automobiles peuvent rouler pendant 20 ans ou plus; et même si vous passez à une automobile hybride, quelqu’un achètera votre véhicule à essence, et ce dernier restera encore longtemps sur la route. 

Cette transition graduelle est principalement une bonne chose, soutient M. Tinker. Il est préférable de ne pas avoir de changements radicaux dans cette structure, explique-t-il, et d’avoir des transitions plus structurées et prévisibles pour gagner en stabilité, en sécurité et en fiabilité. 

M. Tinker attire notre attention sur les principaux développements survenus dans les dernières années et qui ont façonné le paysage énergétique actuel, notamment l’émergence du gaz de schiste comme importante source de gaz naturel. Grâce à des technologies de forage plus évoluées et rentables, le gaz de schiste représente aujourd’hui 60 % de la production de gaz naturel aux États-Unis. En même temps, de nouvelles technologies intelligentes viennent tout faciliter, que ce soit pour du covoiturage plus efficace ou du transport sans conducteur.

Un autre changement important est survenu dans la dernière décennie : le passage, dans de nombreuses parties du monde, d’un mode centralisé de production de l’énergie à un mode décentralisé, dans lequel on retrouve une variété d’appareils et de lieux, connectés à un réseau, qui produisent ou emmagasinent l’énergie, habituellement à partir de sources renouvelables. Cela est principalement dû à une plus grande volonté des intervenants du secteur de l’énergie à investir dans des technologies novatrices et des sources énergétiques de remplacement telles que le vent, le soleil et la géothermie.

Les sources renouvelables ont constitué près de 30 % des capacités mondiales de production d’énergie en 2014, suffisamment pour répondre à près de 23 % de la demande mondiale en électricité, selon le Renewable Energy Policy Network for the 21st Century (REN21), un groupe établi à Paris qui fait la promotion d’une adoption rapide des énergies renouvelables.

Trouver le centre radical 

Même si ces nombres représentent une amélioration encourageante, 85 % de l’énergie mondiale servant à la consommation de base provient encore du pétrole, du gaz et du charbon, fait remarquer M. Tinker. En Asie du Sud-Est, le charbon représente 50 % de la consommation totale d’énergie. « Plus de la moitié de la population mondiale (3,5 milliards de personnes) vit aujourd’hui dans cette région, indique M. Tinker. La moitié des humains obtiennent donc de l’énergie à partir du charbon à l’heure actuelle. En pourcentage, c’est plus de 30 %. En termes absolus, les chiffres sont encore plus élevés parce que la population et la demande continuent de croître. 

Les discussions sur la transition d’une production et d’une consommation mondiales de l’énergie vers des sources à faibles émissions de carbone doivent tenir compte de ces faits, prévient M. Tinker. « Il est très difficile d’avoir une conversation mondiale sur le bouquet énergétique sans se demander à quoi ressemble le monde aujourd’hui et où se trouveront les centres de croissance de la population et de la demande dans l’avenir, à savoir exactement en Asie du Sud-Ouest, précise-t-il.

Selon lui, il est impératif d’avoir cette conversation à l’échelle mondiale, et le secteur de l’énergie, les gouvernements, les environnementalistes et les universitaires doivent travailler main dans la main pour trouver une solution dans le « centre radical.

M. Tinker croit que les villes ont un rôle essentiel à jouer dans le virage énergétique mondial. Citant des niveaux d’urbanisation élevés et une accélération de la migration vers les villes, les Nations Unies prévoient qu’environ 66 % de la population mondiale vivra dans des régions métropolitaines d’ici 2050.

En termes d’efficacité énergétique, les villes sont très importantes, indique M. Tinker. Elles sont si denses que vous pouvez y faire des choses sans avoir à utiliser une automobile et à parcourir de longues distances. 

Les villes qui possèdent un réseau de transport bien planifié ont déjà une longueur d’avance, souligne M. Tinker. Il en va de même pour les municipalités qui utilisent les technologies fondées sur Internet (comme celles qui facilitent le covoiturage ou qui recueillent des données permettant de voir comment les gens se déplacent dans la ville) afin d’aider à réduire le nombre d’automobiles sur les routes.

Malgré tout, il ne sera pas facile de se départir des automobiles à essence, même pour les citadins, prédit M. Tinker. Tant que les autos électriques ne seront pas dotées de batteries de grande capacité permettant de parcourir de longues distances, bien des gens préféreront conserver leur véhicule à essence, indique-t-il.

Une transition énergétique qui convient à tout le monde 

La majorité des Nord-américains tient pour acquises la consommation et la disponibilité de l’énergie. Cependant, comme le souligne Scott Tinker, 1,3 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès à l’électricité, et certaines vivent dans la pauvreté la plus totale. Fournir de l’énergie à ces régions sous-développées peut stimuler et soutenir la croissance économique, tout en améliorant considérablement la vie de milliards de gens, confie-t-il. C’est pourquoi il est crucial de s’assurer que le virage énergétique mondial ait un sens des points de vue économique, environnemental et sociétal à l’échelle planétaire.

Les intervenants du secteur de l’énergie doivent accroître leurs investissements dans des technologies qui dynamiseront la consommation d’énergies à faibles émissions de carbone, prétend M. Tinker. On pense entre autres aux technologies qui permettent de capter et de condenser l’énergie provenant de sources à faibles émissions de carbone, aux systèmes plus abordables, fiables et modulables pour le stockage des énergies renouvelables et aux outils d’analyse des données qui facilitent la prise de décisions éclairées et intelligentes sur la production et la consommation d’énergie.

Il faudra aussi un virage culturel vers une économie moins énergivore, précise M. Tinker. Les gouvernements, les entreprises et les collectivités doivent définir les principaux facteurs qui permettront de mettre en place une économie plus efficace sur le plan énergétique.

Pour le secteur de l’énergie, la voie à suivre est une transition graduelle vers des sources à faibles émissions de carbone. Face à des enjeux aussi importants, il est crucial de bien faire les choses, insiste M. Tinker. Cela prend du temps, continue-t-il. Je sais que certaines personnes aimeraient que les choses aillent plus vite, mais nous devons être réalistes et ne pas nous précipiter afin de ne pas nous retrouver avec des solutions qui ne fonctionnent pas. 

 

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