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À l’assaut du monde

Par Sarah Barmak | 28 septembre 2016

En ces temps de grands changements et d’incertitude sur les marchés de l’énergie, dépendre d’une économie fondée sur l’exportation des ressources semble plus risqué que jamais pour le Canada. Les économistes ont exhorté le pays à diversifier ses exportations, et beaucoup d’entre eux ont attiré l’attention sur des secteurs qui sont mûrs pour sauter le pas, notamment ceux des soins de santé, des logiciels et des énergies vertes.

Le faible taux de notre dollar devrait rendre les produits canadiens plus attractifs. Mais quand il s’agit de percer les marchés mondiaux, Sandra Stuart sait que les moyennes entreprises canadiennes sont loin du compte. Tout le monde parle du commerce international, mais ce que montrent nos données et nos recherches, c’est de l’hésitation, affirme la présidente et chef de la direction de la Banque HSBC Canada.

Les nouveaux accords de libre-échange sont toujours une bonne nouvelle, soutient-elle, et parmi eux le Partenariat transpacifique et l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne. Toutefois, même si le Canada a déjà signé des dizaines d’accords du genre, seulement 10 % des entreprises canadiennes exportent leurs produits, confie Mme Stuart. De ces 10 % d’entreprises, 550 seulement comptent pour 70 % du montant total des exportations. Entre-temps, les exportations du Canada sont en chute par rapport aux importations : notre déficit commercial a bondi pour atteindre un montant record de 3,4 milliards de dollars en mars, selon Statistique Canada.

Quels sont les principaux obstacles à surmonter par les entreprises canadiennes qui devraient profiter de la manne de l’exportation et, surtout, que peuvent-elles faire pour réussir? Mme Stuart est consciente des écueils qui attendent les sociétés du marché intermédiaire, un segment qui représente 60 % de la clientèle de la Banque HSBC Canada. Comme les gens ont peur de se lancer dans des économies différentes, on doit s’assurer que les [moyennes entreprises] comprennent où se trouvent les possibilités », explique-t-elle.

Les sociétés canadiennes peuvent craindre les défis que représentent l’approvisionnement, la maîtrise d’environnements réglementaires étrangers, les transactions en monnaie locale et simplement l’adaptation à une nouvelle culture. La clé pour aider ces entreprises à surmonter leur frilosité consiste à leur fournir l’information qui leur permettra de gérer les risques, soutient Mme Stuart, qui est devenue l’an dernier présidente et chef de la direction de la Banque HSBC Canada à Vancouver et qui siège aussi au conseil d’administration de la société.

Les principales régions commerciales pour les entreprises canadiennes, la Chine et les États-Unis, ont beaucoup à offrir. La Chine devrait être l’un des plus importants corridors de commerce du Canada, soutient Mme Stuart. Ce pays offre des débouchés économiques de près de 10 000 milliards de dollars (US). Mais il y a la barrière de la langue et de la monnaie. 

Sachant cela, les entreprises qui font des affaires en Chine devraient envisager d’ouvrir un compte en renminbis. Cela aide le client à gérer le risque de change », affirme Mme Stuart.

Elle donne l’exemple d’un chef de file canadien de la distribution de matériaux de construction qui a mis en place une entreprise de vente à l’exportation en 1998. Lorsque certains acheteurs chinois lui ont fait part de leur intérêt à payer les commandes en renminbis, la société a pris les dispositions nécessaires pour commencer à facturer ses clients dans leur monnaie, ce qui a permis de réduire le risque de change et la durée des délais de paiement. Ce faisant, cette entreprise a généré du goodwill et renforcé ses relations avec ses clients chinois.

Mme Stuart déplore que les États-Unis aient rétrogradé le Canada comme principal partenaire commercial au profit du Mexique. Malgré tout, l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) représente un potentiel commercial de 17 000 milliards de dollars (US). Le défi quand on veut faire des affaires avec les États-Unis, c’est de comprendre la réglementation, le marché et les taxes. 

En ce qui concerne la compétitivité mondiale, les moyennes entreprises canadiennes auraient avantage à ce que le pays favorise l’innovation à l’échelle nationale. Même si Mme Stuart applaudit les efforts du gouvernement fédéral en la matière, elle suggère qu’un plus grand nombre de pôles d’innovation et de subventions pourraient aider le Canada à améliorer sa position.

La bonne nouvelle, c’est que la faiblesse du dollar canadien et la reprise de l’économie américaine devraient être bénéfiques pour les exportateurs canadiens. Compte tenu du bas taux de notre dollar, nos produits sont beaucoup plus concurrentiels sur le marché des États-Unis, souligne Mme Stuart. Cela permet donc à nos clients d’aller chercher des revenus aux États-Unis. 

Sur le plan de l’innovation, les PME canadiennes pourraient investir davantage dans le développement de nouvelles technologies de pointe. Sur les 140 économies suivies dans l’indice de compétitivité mondiale du Forum économique, le Canada se classe 22e sur le plan de l’innovation et de la sophistication des activités commerciales, et 18e en matière de préparation technologique.

Le pays a sa part de réussites dans ces domaines. Mme Stuart affirme qu’il y a souvent un lien entre les sociétés canadiennes qui prennent des risques en matière d’innovation technologique et celles qui font des affaires à l’étranger. Par exemple, les entreprises qui sont les premières à adopter les technologies de communication telles que Skype et le partage de documents électroniques sont déjà mieux outillées pour garder contact avec leurs bureaux à l’étranger. Par ailleurs, Mme Stuart observe que plus une entreprise est viable et efficace, plus elle peut assumer le risque de vendre à l’étranger. Elle fait remarquer qu’un fabricant canadien a investi dans ses propres imprimantes 3D et peut maintenant fabriquer ses moules plus rapidement à l’interne, réduisant ainsi ses frais de messagerie et ses délais de livraison.

L’innovation ne prend pas toujours la forme à laquelle on s’attend. Ce qui est vraiment génial, c’est quand je visite une entreprise et que je me dis qu’elle est dépassée et ne s’en sortira pas, raconte Mme Stuart, mais que cette entreprise en prend conscience et se réoutille. 

Elle s’est récemment rendue dans une grande usine qui a examiné le comportement de ses employés dans le secteur de production. « On a constaté que les employés passaient trop de temps à marcher , dit-elle. Voyant qu’une réorganisation de l’usine leur permettrait d’être plus efficaces, le propriétaire a apporté des changements qui ont permis d’accroître la capacité de l’usine de 200 % et de réduire les coûts d’un tiers. Cette usine est maintenant beaucoup plus viable et disposée à prendre des risques à l’étranger , indique Mme Stuart.

 

Même si Mme Stuart admet que le Canada ne peut pas changer du jour au lendemain sa culture d’affaires fondée sur l'aversion au risque, elle s’efforce de corriger cette attitude une entreprise à la fois. « Tout le monde devrait essayer de trouver des moyens de faire croître son entreprise, conclut-elle. Ce serait à notre avantage à tous. 

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