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L'énergie canadienne et les marchés mondiaux

Par Brenda Bouw | 26 janvier 2016
L'énergie canadienne et les marchés mondiaux
Robert Johnston

Selon Eurasia, le gouvernement du Canada et les leaders sectoriels doivent miser sur l'innovation et la productivité pour être concurrentiels à l'échelle mondiale.

« Les divers paliers de gouvernement du Canada et les leaders sectoriels doivent accorder une "attention sans faille" à l’innovation et à la productivité pour livrer une meilleure concurrence sur les marchés mondiaux et stimuler la croissance économique au pays », affirme un haut dirigeant de Eurasia Group.

Robert Johnston, chef de la direction et dirigeant du groupe Global Energy and Natural Resources du cabinet d’experts-conseils mondial, affirme que le nouveau gouvernement libéral du Canada et le ralentissement actuel sur le marché des marchandises doivent être vus comme une occasion pour les parties intéressées de se réunir pour trouver de nouvelles façons de collaborer et d’accroître la productivité.

« Les chefs de la direction sont-ils intéressés par la convergence des activités des secteurs public et privé? Car ils ont un partenaire enclin à le faire à Ottawa », affirme Robert Johnston.

Le gouvernement libéral du premier ministre Justin Trudeau a exprimé la volonté de maintenir et diversifier le marché canadien de l’énergie, tout en développant une stratégie nationale en matière d’énergie pour faciliter la transition vers un système à faibles émissions de carbone et ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cette stratégie comprend notamment des plans de partenariat avec le secteur privé afin de mobiliser les fonds nécessaires au développement de technologies qui aident à réduire les émissions.

En Alberta, la plus importante région productrice de pétrole et de gaz au pays, le gouvernement a adopté un plan de leadership sur les changements climatiques en consultation avec le secteur de l’énergie et les groupes environnementaux, qui comprend une nouvelle taxe sur le carbone, l’abandon progressif du charbon et l’imposition d’un plafond d’émissions de gaz à effet de serre au secteur des sables bitumineux.

Ces nouvelles politiques adoptées à Ottawa et en Alberta préparent le terrain à un nouveau cadre réglementaire, tout en essayant de soutenir un secteur essentiel à la future croissance économique du Canada. « Gérer ces changements représente un défi de taille qui importe particulièrement à un moment où la baisse des prix du pétrole et du gaz nuit au PIB du Canada », affirme Robert Johnston.

« Je pense que le carbone et les changements climatiques ajoutent une dimension jusque-là écartée lors des derniers cycles des énergies fossiles, ajoute Robert Johnston. Ces facteurs se répercuteront sur la courbe de reprise à moyen et à long terme mais ne constitueront probablement pas le principal facteur des trois ou quatre prochaines années. »

Réduire les coûts

« La courbe d’approvisionnement devrait être au cœur des préoccupations à l’heure actuelle, affirme Robert Johnston, pour aider l’industrie canadienne à être plus concurrentielle en dépit de la baisse des prix de l’énergie.

« Les divers paliers de gouvernement du Canada et les leaders sectoriels doivent accorder une "attention soutenue" à la place que nous occupons sur la courbe d’approvisionnement mondiale de toutes les marchandises et reconnaître que si la courbe de reprise est moins prononcée que par le passé, qu’il s’agisse de métaux ou d’énergie, nous devons rester concurrentiels. »

Cet enjeu était moins préoccupant lorsque le pétrole coûtait 100 $ US le baril (contre environ 30 $ aujourd’hui) et que l’économie de la Chine connaissait une croissance supérieure à 10 % contribuant à soutenir la demande de métaux et de minéraux.

À cette époque, « il s’agissait seulement d’être le plus rapide à mettre ses projets en marche et à les lancer sur le marché », affirme Johnston.

« Aujourd’hui, affirme-t-il, il s’agit plus de savoir qu’un projet d’investissement dans les sables bitumineux coûtera 65 $ US le baril et un projet aurifère, 1 100 $ US.                                                                                                                            

« Il s’agit là, à mon avis, de la principale variable, soit le caractère concurrentiel de notre position sur la chaîne d’approvisionnement pour toutes ces marchandises, affirme Robert  Johnston. »


Plus d’innovation et pas de diversification

Alors que certains prétendent que l’économie canadienne dépend trop de secteurs tels que le secteur pétrolier et gazier et le secteur minier, Robert Johnston est d’avis que le pays présente un risque normal pour un pays producteur de ressources.
 
« Nous avons une économie plus diversifiée que certains autres pays axés sur les ressources », affirme-t-il, mentionnant des secteurs tels que les services financiers, l’immobilier et le secteur manufacturier.

« Le problème, dit-il, est qu’il en coûte trop cher de faire affaire dans le secteur de l’énergie, ce qui menace la concurrence mondiale.

« Notre productivité et notre innovation ne sont pas nécessairement là où nous voudrions qu’elles se situent, affirme Robert Johnston. Et dans le cas du pétrole et du gaz, nous avons des contraintes géographiques qui nous empêchent d’accéder aux marchés mondiaux. Ces circonstances présentent un grand défi. Pour cette raison, d’un point de vue politique, il importe plus que jamais de voir le Canada comme producteur à coût élevé. »
 
Bien que les nouvelles politiques sur le carbone mises de l’avant par la province de l’Alberta et par Ottawa soient un pas dans la bonne direction, selon Robert Johnston, nous ne pouvons déterminer clairement comment réduire nos émissions.

« Est-ce que cela se fera au moyen d’une croissance plus lente? D’un plafond imposé à la croissance? De technologies permettant de baisser le niveau de GES? Est-ce que cela prendra la forme de taxes sur le carbone, et le cas échéant, qu’est-ce que cela signifie pour la métaposition du Canada et pour l’avenir des sables bitumineux? »

Robert Johnston exhorte les secteurs des ressources à développer davantage leur accessibilité sociale notamment en répondant mieux aux préoccupations de ceux qui ne reçoivent pas les avantages directs, comme dans les grands centres urbains, par exemple.

« Ces derniers sont préoccupés par les incidences défavorables sur l’environnement, les droits de l’homme ou les premières Nations, affirme-t-il. C’est à mon avis à ce niveau que le secteur doit travailler d’arrache-pied pour souligner l’importance de l’énergie pour l’économie et le quotidien de tout le monde. »

Plus de partenariats à l’échelle mondiale
« Les secteurs des ressources se portent bien et sont une inspiration pour les autres grâce aux échanges et aux partenariats mondiaux », affirme Johnston.

À titre d’exemple, il cite les fusions de sociétés minières d’envergure, Inco et Falconbridge, avec d’autres joueurs étrangers il y a environ 10 ans.

« Le Partenariat transpacifique et l’Accord économique et commercial global (AECG) proposés contribueront grandement à renforcer le commerce dans d’autres secteurs clés au Canada », ajoute Robert Johnston.
 
« Le leadership du gouvernement dans le domaine des exportations et la promotion de la concurrence à l’échelle internationale sont primordiaux, affirme-t-il. Mais pour bon nombre de sociétés, le marché international se résume aux États-Unis. En effet, pour ces sociétés, prendre un risque et livrer concurrence à d’importantes sociétés d’envergure mondiale et locale en Corée, en Chine et en Europe de l’Est ne fait pas partie du plan. » Un récent rapport commandé par le Centre d’études en politiques internationales (« CÉPI ») de l’Université d’Ottawa, intitulé L’ère du laisser-aller est révolue : Une stratégie commerciale canadienne pour le XXIe siècle, appelle à la réduction des obstacles aux échanges interprovinciaux, ainsi qu’à la finalisation de l’entente commerciale entre le Canada et l’Union européenne pour aider les sociétés canadiennes à être plus concurrentielles.

« Il ne suffit pas de négocier des transactions avec d’autres pays pour s’assurer que le Canada puisse être concurrentiel à l’échelle mondiale », affirme Brian Kingston, associé principal au Conseil canadien des chefs d’entreprise et membre du groupe de travail du CÉPI sur les politiques de commerce international. « Nous devons également examiner de près nos politiques nationales, de manière à ce que les entreprises puissent croître, atteindre un certain niveau et tirer parti des marchés mondiaux. »


Les talents, un défi de taille

«  Les entreprises de tous les secteurs peuvent d’ores et déjà commencer à améliorer leur productivité au niveau du recrutement, affirme Robert Johnston, car le manque de compétences ne cesse de grandir au pays ». Le décalage devrait s’accentuer avec le départ à la retraite des baby-boomers et le manque de main-d’œuvre qualifiée pour remplacer leur niveau de compétence et d’expérience.

« Une augmentation constante de l’immigration continuera de nous aider à combler cet écart, affirme Johnston, de pair avec des initiatives gouvernementales comme le programme Visa pour démarrage d’entreprise qui permet aux entrepreneurs prometteurs étrangers d’obtenir leur citoyenneté.
 
« Avec une population vieillissante et un bassin limité d’employés productifs et dynamiques, l’adoption d’une politique d’immigration plus dynamique et la concurrence pour attirer les talents du monde entier sont justifiées, dit-il.

« Cela démontrerait que le Canada s’engage à ouvrir ses portes aux travailleurs hautement qualifiés de divers secteurs, dit-il. »

Robert Johnston estime que le dialogue sur l’innovation au Canada est trop souvent déconnecté des discussions sur l’immigration et sur les marchés financiers.

« Si vous regardez l’économie américaine et le rôle des soins de santé et de la technologie sur le marché par rapport à ce qui se passe au Canada, vous constaterez, à mon avis, que ces deux éléments sont les facteurs qui nous distinguent; il s’agit d’attirer les immigrants les plus qualifiés et d’avoir des marchés financiers dynamiques et prêts à prendre des risques. »

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