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Bâtisseurs de villes

Par Roberta Staley | 4 décembre 2015
Bâtisseurs de villes
Linda Hepner

Dans ses fonctions de maire de la deuxième municipalité de Colombie-Britannique, Linda Hepner doit jongler avec le développement économique et les exigences d’une population jeune et en croissance.

Le bruit familier d’un chantier de construction – coups de marteau, bruit strident des scies et crépitement du soudage – audible même derrière des fenêtres closes est, pour beaucoup de gens, une source de nuisance. Pour Linda Hepner, maire de Surrey, qui entend ce bruit de fond au sixième étage de l’hôtel de ville, il est la trame sonore d’une métropole en croissance rapide de Colombie-Britannique. Et elle s’en réjouit. « Je m’attendais bien à une croissance, mais le phénomène qui se produit aujourd’hui est tout simplement palpitant pour moi », dit-elle.

Linda Hepner, qui a pris ses fonctions depuis moins d’un an, relève les défis en matière d’infrastructures que soulève l’arrivée de 1 000 nouveaux résidents par mois. Quand elle a commencé à travailler au bureau du directeur municipal de Surrey, la ville n’était encore peuplée que de 142 000 personnes. Aujourd’hui, elle compte 520 000 âmes et d’ici 2021, Surrey devrait dépasser Vancouver, devenant la plus grande agglomération de la province.

Ce sont surtout de jeunes familles qui élisent domicile à Surrey, attirées par les terrains bon marché comparativement à Vancouver et à d’autres villes avoisinantes, explique Mme Hepner. La ville est consciente de la pression ’que représente cette croissance démographique accélérée pour les services – des transports en commun à la santé en passant par les loisirs – et multiplie les plans pour en soutenir le rythme en développant ses infrastructures. Et parfois, il faut trouver de nouveaux modèles de financement pour arriver à des résultats. Ces efforts se doublent d’une stratégie pour attirer davantage d’entreprises à Surrey, pour que les résidents puissent travailler là où ils habitent.

Un nouveau métro léger électrique de 2,14 milliards $ trône en tête de la liste des infrastructures prioritaires. La ligne projetée de 27 kilomètres relierait entre eux les centres urbains Newton, Guildford, Fleetwood et Clayton, l’université polytechnique Kwantlen, l’annexe locale de l’université Simon Fraser et la ville de Langley, à l’est. Ce projet ambitieux est une dépense majeure pour Surrey, à laquelle la loi provinciale interdit tout déficit, comme aux autres municipalités de Colombie-Britannique. Les améliorations du transport en commun ne seront pas financées par des taxes foncières, aux dires de Mme Hepner. La ville cherche à couvrir sa part du coût total du projet de métro avec le concours de « parties intéressées », dit-elle. Surrey continuera de travailler avec les gouvernements provincial et fédéral pour le financement; en septembre 2015, elle a obtenu un engagement fédéral à hauteur de 700 millions $.

À cela s’ajoutent des autobus articulés à arrêts limités pour désengorger les rues de la ville et prendre le relais du métro. L’objectif est de faire en sorte que 220 000 habitants de Surrey vivent et travaillent à cinq minutes à pied d’un arrêt du réseau de transport en commun, précise Mme Hepner. Éliminer les embouteillages des principaux axes de circulation en élargissant les routes, permettre à celles-ci de canaliser davantage d’automobilistes et de cyclistes et améliorer les trottoirs, tout cela représente une autre priorité.

Pour Mme Hepner, qui s’attend à ce que l’amélioration du transport en commun attire de nouvelles entreprises, l’efficacité est cruciale dans un centre urbain; il faut transporter les citadins vite et d’une manière qui « oriente la croissance et permet la densification et le développement ». Surrey, dont les 316 kilomètres carrés en font la plus grande municipalité par sa surface de Metro Vancouver, passe des maisons individuelles au logement collectif. Son plan d’occupation des sols prévoit une plus grande densité résidentielle et expansion commerciale dans ses six pôles urbains et le long d’axes de transport en commun fréquents. La densification facilitera la prestation des services, d’après Mme Hepner.

L’amélioration du transport en commun a aussi l’avantage de réduire la pollution, explique la maire, pour qui la diminution de l’empreinte carbone de la ville est cruciale. La nouvelle centrale électrique au biocombustible de Surrey, qui doit entrer en service en 2017, comprendra un système de gestion de déchets entièrement intégré en circuit fermé qui génère du gaz naturel renouvelable pour alimenter les bennes à ordures et autres véhicules utilitaires. La ville estime que cette usine réduira de 40 000 tonnes par an les émissions de dioxyde de carbone. Surrey a structuré le projet en partenariat public-privé dans lequel le consortium Iris Solutions assurera la conception, la construction, une partie du financement, l’entretien et l’exploitation.

La ville renforce aussi son infrastructure récréative pour répondre aux besoins des jeunes familles. Parmi ses projets, on peut citer ceux du centre aquatique imaginé par l’architecte Bing Thom pour 32,8 millions $, du centre aquatique Grandview Heights, d’un centre d’excellence de soccer et d’un espace et galerie d’art contemporain à South Surrey. « Nous avons une vision plus large d’un grand centre pour les arts de la scène dans la ville », dit Mme Hepner.

Figurent également dans les cartons : un centre de loisirs polyvalent et une bibliothèque dans le quartier Clayton, un agrandissement du Musée de Surrey et une nouvelle aréna Cloverdale pour le hockey, le patinage artistique et le curling. « Toutes ces dépenses en immobilisations sont autant de défis que je dois relever », fait remarquer Mme Hepner.

La population jeune de Surrey est cruciale pour sa prospérité, insiste-t-elle. La ville a la population la plus jeune de toutes les municipalités de Metro Vancouver, selon le recensement canadien de 2011, avec 26 pour cent de résidents de 19 ans et moins. C’est un avantage, puisque nous avons la population en âge de travailler qu’il nous faudra pour l’avenir, poursuit Mme Hepner. Du coup, cela devient intéressant pour les entreprises. »

Surrey se montre proactive en créant un environnement dans lequel les entreprises peuvent s’épanouir. Sa stratégie de diversification économique a quatre grands objectifs : accroître le ratio emplois locaux/résidents de 0,7 à 1; créer une assiette fiscale plus équilibrée, en passant d’une répartition de 70 pour cent de taxes résidentielles et 30 pour cent de taxes d’entreprises à un rapport de 60/40; stimuler une économie du savoir résiliente; et construire une ville branchée et concurrentielle à l’échelle mondiale. Surrey se concentre sur cinq secteurs où elle a décelé un potentiel de forte croissance : la technologie de la santé, la technologie propre, l’innovation agricole, les industries créatives et la fabrication avancée. (La ville héberge des entreprises spécialisées dans les communications par satellite, la robotique, la technologie de simulation 3 D et les systèmes et sous-systèmes aérospatiaux.)

Toute cette planification semble porter ses fruits. Surrey a été classée première destination de Metro Vancouver pour le démarrage de petites entreprises dans une étude de Vancouver City Savings Credit Union de juin, grâce à l’expansion de sa population et à des coûts relativement bas. Cette année, la ville a aussi été classée parmi les 7 premières collectivités intelligentes au monde par le Intelligent Communities Forum, un groupe de réflexion de New York. Et en 2014, Surrey s’est vu décerner un prix Open for Business de la Small Business Roundtable de Colombie-Britannique.

Pour Mme Hepner, la réussite se traduit par des chiffres. D’après les statistiques de la ville de Surrey, chaque année, en moyenne 2 000 nouvelles entreprises s’établissent dans la municipalité, qui a le deuxième taux de taxe d’affaires le plus bas dans le Lower Mainland après West Vancouver, dit-elle.

Malgré trois mandats préalables comme conseillère municipale, Mme Hepner reconnaît que sa nouvelle fonction a exigé beaucoup d’apprentissage pour faire face à des taux de criminalité élevés, des rues congestionnées, un manque de logements à louer et de longues files d’attente à l’hôpital. Satisfaire les besoins sanitaires de cette ville en croissance est un défi de taille. En 2013, le service d’urgence du Memorial Hospital a été agrandi, mais une augmentation du nombre de patients lui a fait rapidement atteindre les limites de sa capacité, selon la Fraser Health Authority. En matière de santé, Surrey trouve des solutions par le projet Innovation Boulevard.

Jusque-là, la plus grande déception de Mme Hepner, pendant son premier mandat a été le rejet sans équivoque d’une taxe municipale pour le désengorgement de Metro Vancouver dans la consultation du Transportation and Transit Plebiscite. Le projet aurait fait augmenter la taxe de vente provinciale d’un demi-point de pourcentage dans Metro Vancouver, gonflant de budget de transport en commun et autre de la région de 7,7 milliards $. L’argent devait notamment servir pour remplacer le pont Pattullo qui relie Surrey à Vancouver et à d’autres centres du Lower Mainland, et qui est devenu vétuste. La taxe aurait aussi financé des lignes de métro léger et amélioré les services d’autobus et HandyDART.

Pour ce qui est du logement social, Surrey connaît les mêmes pénuries que les municipalités voisines. « Le besoin de logements à louer va devenir urgent », reconnaît Mme Hepner. Cependant, la stratégie de densification de Surrey pourrait aider à résoudre le problème en stimulant la construction de plus d’immeubles de logements en copropriété.

Mme Hepner doit soutenir la croissance et attirer des entreprises tout en développant le sentiment d’appartenance à la collectivité et en veillant à ce que la qualité de vie ne soit pas compromise. La maire sait que les décisions qu’elle prend aujourd’hui détermineront le profil de Surrey de demain. « S’assurer que ce qu’on fait servira la ville longtemps à l’avenir est un exercice difficile, dit-elle. J’ai toujours cette préoccupation en tête. »

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