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La liberté de pardonner

Par Leanne Delap | 4 décembre 2015
La liberté de pardonner
Amanda Lindhout

Après de longs mois de captivité en Somalie, Amanda Lindhout se réconcilie avec le passé en créant une fondation qui change la vie des habitants de ce pays d’Afrique déchiré par la violence.

En 2008, Amanda Lindhout, journaliste canadienne indépendante, venait à peine d’arriver à Mogadiscio, en Somalie, lorsqu’elle a été prise en otage par une bande de jeunes criminels. Elle a survécu à ses 460 jours de captivité en s’évadant par l’esprit pour oublier ses conditions de détention horribles.
Dans un geste de pardon extraordinaire, Amanda Lindhout a créé en 2010 la Global Enrichment Foundation, un projet dont l’idée lui était venue pendant les heures les plus sombres de sa captivité. La fondation qu’elle a créée en 2010 a apporté aide et éducation à plus de 300 000 habitants de ce pays déchiré par la guerre et ravagé par la sécheresse. Le programme de bourses d’études universitaires pour les Somaliennes lui est particulièrement cher. La fondation travaille aussi avec des entreprises pour atteindre ses objectifs humanitaires. Mme Lindhout est aujourd’hui âgée de 34 ans et réside à Canmore, en Alberta.

Amanda Lindhout, qui a publié en 2014 ses mémoires dans A House in the Sky, toujours sur la liste des bestsellers du New York Times, est une conférencière inspirante très sollicitée qui intervient aussi comme conseillère auprès des gouvernements, des dirigeants, des organismes sans but lucratif et des responsables politiques du monde entier.

Vous avez écrit que vous vouliez transformer la peur que vous éprouviez lorsque vous étiez prisonnière en changement positif pour le monde. Pourquoi avez-vous créé la Global Enrichment Foundation ?

L’idée de la GEF m’est venue pendant que j’étais dans ce que j’appelle dans mon livre la maison des ténèbres : une pièce plongée dans le noir absolu. Pour survivre, j’imaginais ce que je ferais quand je serai libérée. Cela peut paraître étrange, mais je voulais tout particulièrement faire quelque chose de positif dans ce pays. J’étais entourée de jeunes garçons qui n’étaient jamais allés à l’école et je ne pouvais m’empêcher de penser qu’ils auraient été différents s’ils avaient eu la chance de connaître le reste du monde. Et je pensais aussi à la femme à la mosquée de Mogadiscio qui a tout risqué et peut-être perdu la vie pour m’aider.

Le monde des organismes sans but lucratif m’était tout à fait étranger et voilà que je me disais que ce serait une chose excellente de monter un programme de bourses universitaires pour les Somaliennes en l’honneur de la femme de la mosquée.

Comment avez-vous créé la fondation ?

J’ai eu beaucoup de mal à la constituer. Certains trouvaient que c’était une très bonne idée, d’autres que l’idée était étrange, mais dans un cas comme dans l’autre, personne ne sortait son carnet de chèques. Mais je n’ai jamais douté que c’était la chose à faire. Je me suis entourée de gens beaucoup plus expérimentés que moi.

J’ai réussi à m’inscrire à un programme menant à un diplôme d’études supérieures à l’université Saint-Francis-Xavier, située à Antigonish, un cours de six mois sur le développement international. Je me suis entourée de gens qui avaient une profonde connaissance des organismes sans but lucratif. Et j’ai trouvé des gens issus de la communauté somalienne. Lorsque je suis rentrée chez moi après ma libération, j’ai été renversée par le nombre de Somaliens qui ont fait l’effort de communiquer avec moi, de m’envoyer des petits mots ou de m’inviter à des événements communautaires.

J’ai donc formé un groupe constitué de membres influents de cette communauté, en particulier du professeur Hussein Warsame, de l’université de Calgary, qui connaissait très bien le système des universités privées de la Somalie. Avec son aide et celle des autres membres du conseil, nous avons réussi à faire démarrer le premier programme. Le projet a pris forme plus d’un an après son établissement. Nous collaborons aujourd’hui avec 14 universités somaliennes, situées dans des régions très instables, mais aussi dans d’autres beaucoup plus calmes.

Y a-t-il eu un tournant ?

Tout a changé en 2011, l’année où la Somalie a été ravagée par une terrible famine. J’avais prévu de me rendre en Afrique, ma première visite depuis ma libération, visiter un camp de réfugiés somaliens au Kenya. J’étais là lorsque les Nations Unies ont déclaré l’état de  famine. Le mandat de la fondation au départ était l’éducation –, mais là, quand nous avons vu ces gens… et bien l’aide d’urgence est devenue aussi un élément du mandat et nous avons commencé à recueillir des fonds pour secourir les victimes de la faim.

Tous les médias ont parlé de cette famine et je présentais un profil intéressant pour les journalistes : une ancienne otage qui essayait de mobiliser des fonds pour nourrir des gens par le biais de Convoy for Hope, notre convoi de l’espoir. Nous avons pu agir parce que nous étions un petit organisme local et que nous étions déjà sur le terrain. 

Comment le monde des affaires en est-il venu à s’intéresser à vous?

La grande machine publicitaire s’est mise en branle. Hamdi Ulukaya, le chef de la direction de Chobani Yogurt, m’a vue à l’émission Today. Il a fait un don d’un million de dollars américains pour lutter contre la famine. C’est quelqu’un de très bien, de bon. 

Nous recevons souvent des chèques de 10 000 $ ou de 15 000 $ après mes conférences. Je ne suis pas là pour recueillir des fonds, mais les entreprises partenaires profitent souvent de l’occasion pour arranger des dons. Des contributeurs individuels et des étudiants nous font aussi de petits dons. Ils me touchent profondément.

Comment les gens et les entreprises peuvent-ils s’appuyer sur les valeurs du pardon, de la compassion et de la responsabilité sociale pour changer le quotidien ?

Beaucoup de gens me disent qu’ils voudraient faire une différence, montrer leur compassion. Cela vaut aussi pour les entreprises, pour leur responsabilité sociale. Vous devez faire des choix au plus profond de vous pour être compatissant. Vous devez vous engager pratiquement chaque jour. Mais commencez, faites ce choix. Les occasions ne manquent pas.

Chacun doit faire quelque chose pour le monde, surtout dans un pays comme le Canada. Plus vous en faites pour les autres et plus votre vie, celle de votre entreprise et celle de votre famille est gratifiante. Vous êtes une meilleure personne, plus heureuse. Le don de soi est le don le plus valorisant.

Pour en savoir plus sur le travail d’Amanda Lindhout en Somalie, allez sur le site Globalenrichmentfoundation.com.

 

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